19.05.2015

L’objet connecté s’invite dans la relation médecin-patient

santé connectée relation médecin-patient

© Crédits : Thinkstock

L’objet connecté livre mesures, mais parfois analyses et conseils. Avec ce nouvel expert aux côtés du patient, que devient la relation médecin-patient ? Entretien avec le Dr Corinne Godenir, secrétaire générale de Femme médecin libérale et nutritionniste.

L’objet de santé connecté est-il un nouvel expert auprès du patient, concurrent du médecin, ou un véritable outil de santé partagé ?

Que cette technologie fausse la relation médecin-patient est une crainte courante mais qui n’a pas de fondement. Un sondage BNP/Ifop a montré qu’en cas de partage de données mesurées par le biais d’objets connectés, c’est d’abord aux professionnels de santé que les patients confieraient l’expertise pour les évaluer. D’ailleurs, les patients viennent nous demander conseil sur les produits et leur utilisation. Si ce n’est plus le médecin qui sait tout et le patient qui ne sait rien, le savoir reste différent. Et cela ne fragilise pas la relation. Au contraire. De mon point de vue, ça la renforce car le patient devient davantage acteur de sa santé.

Quelle est la plus-value de ce type d’objet pour le médecin ?

Ce sont nos alliés. C’est une certitude. En particulier dans les domaines de la médecine de prévention (suivi de maladies chroniques, nutrition, etc.). Nous ne sommes pas aux côtés des patients pour les aider à penser à prendre leur traitement ou à faire de l’activité physique, mais ces objets peuvent prendre le relais. Les médecins ont simplement besoin d’être rassurés sur leur qualité : ils n’ont pas l’expertise pour les évaluer. D’où l’intérêt de démarches comme celle de DMD Santé, qui s’est donné comme mission d’évaluer les applications et objets connectés liés à la santé et qui devrait bientôt proposer un label qualité.

Et comment le médecin apporte-t-il sa plus-value ?

L’objet ne remplace pas notre expertise. Ce sont des outils généralistes or notre patient est unique ; nous seuls pouvons l’aider à s’approprier l’objet et individualiser le conseil. Le patient qui acquiert un podomètre ne sait pas à quel rythme marcher, à quel pouls, pour en tirer le meilleur bénéfice. Et si on ne relance pas l’intérêt du patient, il le laissera vite au fond d’un tiroir ! C’est un support d’éducation mais c’est à nous d’éduquer le patient. C’est une aide à la motivation mais qui ne suffit pas à elle seule. Enfin, c’est aussi à nous de les aider à faire le tri entre ce qui leur sera utile ou pas et veiller à ce que l’automesure ne vire pas à l’obsession. Nous sommes donc pleinement dans notre rôle aux côtés des objets connectés.

Pour en savoir plus :
Le livre blanc du CNOM – Santé connectée
CNIL – Le corps, nouvel objet connecté, mai 2014
DMD santé – Évaluation des applications et les objets connectés liés à la santé/

 

Lire également : Des téléconsultations médicales qui interrogent l’Ordre des médecins

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